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picto Comment gérer la transition alimentaire chez le bovin ?

La transition alimentaire consiste à modifier progressivement la ration des bovins. Fonctionnant en vase clos, le rumen, principal estomac des bovins, agit comme une grande cuve de fermentation peuplée d’une très importante population de microbes (la flore ruminale). Il fonctionne dans des conditions très strictes : absence d’air, acidité et température constants. Aussi tout changement alimentaire entraîne des modifications énormes dans cette population microbienne du rumen.


Que deviennent les aliments dans le rumen ?


Les bovins sont des ruminants. Il faut savoir que ce que l'on nourrit en premier chez un ruminant, ce sont les microbes du rumen et non l'animal lui-même !

Il y a un grand nombre de bactéries de plusieurs types dans le rumen. Celles-ci, en dégradant les aliments produisent des nutriments qui sont à leur tour assimilés par l'organisme du bovin.

Certaines sont spécialisées dans la dégradation des parois des végétaux (cellulose). Sans elles, il n'y aurait pas de digestion des fourrages (flore cellulolytique), d'autres bactéries attaquent les réserves en sucre des végétaux : l'amidon (flore amilolytique)...

Les bactéries digèrent les aliments, libèrent des déchets en grande partie absorbés par la paroi du rumen (les acides gras volatils) ou réutilisés par d'autres bactéries pour se multiplier.

A leur mort, les corps bactériens seront entraînés dans le transit intestinal pour fournir des protéines qui seront absorbées au niveau de l'intestin du bovin.


Pourquoi est-il important de gérer la transition alimentaire ?


L'équilibre de la flore doit être respecté en permanence.

La flore bactérienne du rumen est adaptée à l'alimentation consommée par le ruminant : la composition et les proportions de chaque population bactérienne la constituant  permettent d'une part de  réaliser la digestion de la totalité des composants de l'aliment et d'autre part d'optimiser cette digestion.

A chaque changement alimentaire, il faut laisser le temps à la flore optimale de se réadapter : ce délai est en général de 3 semaines.

Pour faciliter l'instauration de cette nouvelle flore, il est conseillé de remplacer progressivement, sur trois semaines, l'ancien aliment par le nouveau.


Quel est le rôle des papilles du rumen ?


La paroi du rumen est couverte de papilles.

Les acides gras volatils (issus de la fermentation des sucres) sont absorbés à la surface des parois du rumen. Plus les papilles sont grandes et nombreuses, plus la surface interne du rumen est importante, donc meilleure est l'absorption des acides gras volatils.

La taille des papilles qui est stimulée par une ration riche en amidon, diminue rapidement (en deux semaines) dès que l'on passe à une ration pauvre en amidon et riche en cellulose.

Par contre il faut douze semaines pour faire le chemin inverse.


Quels sont les risques sanitaires associés à une modification brutale de l'alimentation ?


En cas d'apport brutal d'amidon dans le rumen, une production rapide d'acides gras volatils fait baisser le pH (augmenter l'acidité). Cette chute du pH inhibe la flore cellulolytique, et contribue à la fois à l'installation d'une flore productrice d'acide lactique et à la destruction de la flore capable de neutraliser ce même acide lactique. Le rumen s'acidifie d'autant plus ! C'est l'acidose qui s'accompagne de baisse d'appétit, de diarrhée, de météorisation, de déplacement de caillette et de boiteries.


Comment concilier les besoins très différents des vaches entre le tarissement et la lactation ?


Les besoins du bovin doivent permettre la production de 6-8 kg de lait au tarissement, contre 25 kg, 3-4 jours après le vêlage ! La ration ne peut pas être identique !

L'adaptation de la flore microbienne sera facilitée lorsque le même fond de cuve est distribué au tarissement et en lactation (ensilage de maïs). Les papilles ruménales régressent moins dans cette situation.

Si les régimes sont très différents - herbe au tarissement et ensilage de mais en lactation - il est recommandé, 3 semaines avant le vêlage, soit de distribuer l'ensilage de maïs, soit de placer les vaches dans le lot laitier (sauf en cas de ration complète). L'apport d'amidon ainsi réalisé permettra de commencer la restauration de la taille des papilles du rumen.

L'aliment VL de production sera introduit avec une augmentation très progressive de 1kg tous les 4 jours, si possible après la seconde semaine post partum.


Comment passer en pratique d'une alimentation herbe à une alimentation maïs ?


L'introduction de l'ensilage de maïs doit être faite très progressivement sur 2 à 3 semaines. Il faut veiller à la qualité de cet ensilage (hachage, confection du silo), maintenir en parallèle un niveau suffisant de fibres (NDF total > 35%) et utiliser des tampons : bicarbonate de sodium, oxyde de magnésium et des levures (produits disponibles chez les vétérinaires).


Quels sont les critères d'alerte pour détecter les problèmes au plus vite ?


Au niveau du troupeau : des bouses plus molles, une baisse d'appétit, une chute du taux butyreux, une baisse de lait ou la baisse de la rumination doivent être détectés par l'éleveur et déclencher le conseil du vétérinaire.

 De même quelques cas individuels plus marqués : fourbure et boiterie, douleur abdominale imitant un corps étranger, peuvent faire penser à un problème de transition alimentaire.


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